Mais qui arrive encore à louer…?

home-2673411_1920

Pas la moindre idée. En tous cas pas nous mais si vous connaissez des gens qui y parviennent, prévenez Médiapart au plus vite.

En ce qui nous concerne, tout à commencé il y a presque 7 ans, lorsque je me suis trouvée dans une situation toute commune,  c’est-à-dire enceinte.

Nous habitions un studio dans le très prisé quartier d’Oberkampf et le bar était notre salon. Ne revenons pas sur la légère tendance à l’excès de boisson de l’époque. Elle prit fin à la découverte de l’embryon. Nous voici donc à deux, bientôt à trois, un couple beau, vif et glamour, surtout pour les agences immobilières qui adorent les chômeuses et les intermittents.

Je ne vous fais pas le détail du maigre dossier de location qui nous servait d’accroche, il était pauvre mais pourvu de deux  bons garants. La fleur au  fusil, enceinte de 3, 4, 5, 6 puis 7 mois, j’ai passé une partie de mes matinées à sélectionner des annonces de 2 pièces à Paris (plutôt mourir écartelée que d’aller en banlieue, me disais-je alors. Une vraie tête à claques).

Début 2013, les assurances loyers impayés (GLI) commençaient à se généraliser et je ne sais pas si vous êtes au courant mais à ce moment là, il semblait bien que seuls les François de Rugy pouvaient y correspondre. J’avoue ne pas être très au courant de ce qui se pratique aujourd’hui mais voici tout de même un indicatif des critères d’éligibilité que devait et doit probablement toujours respecter le futur locataire:

  • être titulaire d’un CDI
  • dont le taux d’effort n’excède pas 33 % : le montant du loyer mensuel, charges et taxes comprises, représente un tiers maximum de ses revenus nets mensuels (en ajoutant ceux de son conjoint ou colocataire) (ça c’est une forme très subtile de second degré car à Paris et en première couronne, il est fréquent que dans le cadre de cette assurance on demande que le taux d’effort n’excède pas 1/4 des revenus.)

Ces conditions (un peu) strictes (?) sont parfois assouplies chez certains assureurs. Je cite en exemple: « le taux d’effort est relevé à 37 % et les locataires en CDD sont acceptés sous conditions » (ça c’est aussi de l’humour subtil)

Mais revenons à nos vaches. Chaque matin, très enceinte et de plus en plus inquiète de devoir accueillir mon fils dans un studio, j’appelais les agences dans lesquelles j’avais repéré des appartements qui répondaient à nos critères. Je parle ici des critères financiers, pas d’histoires de princesses parisiennes du type « je veux une terrasse de 13,8 m2, pas de bruit la nuit, pas de vis-à-vis et du triple vitrage dans la salle de bain ». Et bien quand on pratique l’introspection de ses critères financiers, on se rend vite compte qu’on a pas grand choix. 

Petite parenthèse: je ne sais pas comment vous faites quand vous avez un appel « officiel » à passer mais moi j’ai comme un réflexe d’extrême politesse, à la limite de la fayoterie, un réflexe de petite voix docile et franchement insupportable qui se met en route dès que l’interlocuteur me dit bonjour. Quoi qu’il en soit, les conversations donnaient à peu près ça (imaginez avec le ton):

La dame : « Agence Machin bonjour? » (une connasse)

Moi: « Oui bonjour Madame, pardonnez-moi de vous déranger, je vous appelle à propos d’un appartement 2 pièces situé métro Truc, est-il toujours disponible? » 

La dame: Vous êtes en CDI depuis plus de 3 mois? (à ce stade, elle n’a toujours pas dit bonjour).

Moi: Alors pas exactement (pas du tout), mais nous avons de très bons garants, et je suis enceinte (ça me paraissait être un gage de stabilité mais à bien y réfléchir, j’aurais tout aussi bien pu être accro au crac et avoir été engrossée par un barman bourré, pas vraiment une caution de quoi que ce soit).

La dame: Ce ne sera pas possible, l’appartement a une garantie loyers impayés, il nous faut des CDI et 4 fois le montant du loyer dans le salaire (à ce stade, elle ne dira pas non plus au revoir). 

 

Passage larmoyant avant conclusion :

Des conversations comme celle-ci, il y en a eu des dizaines de dizaines. Des mois passés à chercher fiévreusement un petit deux pièces pour trois. N’y aurait-il pas  franchement un problème avec la location? Devrait-on être surpris d’apprendre que ces critères impossibles à remplir nous poussent à la mauvaise rencontre, à l’amour interdit entre un demandeur de logement et un voyou un peu sexy comme  Karotpay ?

Au moment de ma recherche, Karotpay n’existait pas (à ma connaissance) et je n’étais de toute façon pas (encore) très disposée à trafiquer la réalité.

Il aura finalement fallu plusieurs dizaines d’appels avant de tomber enfin sur un agent immobilier un peu humain. Il n’a pas demandé si nous étions en CDI et nous a fait visiter sans rien savoir. Nous étions la chômeuse et l’intermittent dont il ne rêvait pas mais il a quand même accepté notre dossier. Sans doute parce qu’il n’y avait pas foule pour les visites, que nous avions 2  bons garants et qu’on lui a semblé sérieux. Peut-être aussi parce qu’il y avait des cafards en guise de vice de forme. Un énorme coup de chance à un moment opportun… 

Trois ans et un deuxième enfant plus tard, la recherche d’un trois pièces à démarrée. Un an complet de visites (même à Vincennes!) et de distribution de dossiers, des milliers de sourires, de formules de politesse et de photocopies, un statut de fonctionnaire nouvellement acquis, et résultat…que dalle. 

J’abrège ce récit interminable avec mon passage par Karotpay et un retour tragique à Versailles qui, malgré le désamour que je lui porte, a signé le début de l’aventure immobilière, la vraie!

La suite au prochain épisode, et en attendant, voici un lien vers un article qui vient certes du Figaro mais qui rappelle à raison le faible pourcentage que représentent réellement les loyers impayés . Dans la vraie vie, tout le monde paie son loyer, c’est d’ailleurs la première dépense que les gens font lorsqu’ils perçoivent leur salaire. Parfois aux dépends de tout le reste. Ce n’est pas notre cas et ça ne la jamais été mais est-il normal que la méfiance soit telle qu’il en devient impossible de se loger? 

 

Conclusion:

Mon conseil si 1) vous n’avez pas de gros moyens, 2) vous avez suffisamment de moyens pour vous mais pas pour loger tous vos enfants ou 3) votre statut professionnel n’est pas un « CDI »:

  • Ne soyez pas dans l’urgence de trouver un appartement (évitez donc de divorcer subitement, d’avoir une grossesse multiple ou de venir à Paris ou proche banlieue pour devenir acteur sur un coup de tête). 
  • Essayez de privilégier les annonces entre particuliers (Leboncoin, PAP, Entre Particuliers, Paru Vendu…).
  • Ne perdez pas de temps à essayer de convaincre un agent immobilier désagréable que vous êtes solvable, n’insistez pas non plus pour lui donner votre dossier.
  • Faites fonctionner votre page Facebook pour autre chose que la publication de vidéos de chats qui embrassent des bébés et postez une annonce de recherche que vous pourrez faire partager par vos contacts.
  • Ne perdez jamais espoir car on fini presque toujours par y arriver.
  • Evitez de frauder car il y a maintenant des dispositifs simples et efficaces qui viennent directement sonder vos impôts à la source. 
  • Envisagez sérieusement d’acheter car, nous y reviendrons, c’est parfois plus simple, même lorsqu’on a pas de gros moyens.

 

 

 

 

4 commentaires sur “Mais qui arrive encore à louer…?

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s